1. Les conférences m’ennuient, je n’y vais plus
Je vous le racontais la semaine dernière dans mon précédent article : je rentrais de l’Agile Tour de Bordeaux. Mon constat était sans appel — je m’y suis ennuyé.
Le plus drôle, c’est que le week-end en rentrant, j’en ai discuté avec ma femme. Je commence à décrire le « manque » que je ressens sans pouvoir être capable d’expliquer ce que j’attends de ce genre d’événement. Pendant notre discussion, la télé continue de tourner en fond et, par le hasard des choses, c’est l’épisode « Le rassemblement du Corbeau » (Kaamelott, Saison 2 Épisode 7) qui passe.
Et là, la description des conférences druidiques est sans appel et décrit parfaitement ce que j’ai reçu :
Des personnes qui viennent de tout le pays, qui portent des barbiches et se prennent pour des druides… Et en plus, y’a pas d’alcool…
Bien que le passage nous ait fait rire, il y avait beaucoup de vérité derrière. Et c’est ici que je trouve une réelle problématique.
Les conférences sont avant tout le moyen de pouvoir partager et transmettre des méthodes.
2. Alors quand est-ce que cela a changé ?
Remettons un peu de contexte : le problème ne vient pas seulement de la session de cette année.
Je dirais que je suis un habitué des conférences en général : les AWX pour Amazon, les keynotes en ligne, DevFest et bien sûr les conférences agiles.
Pourtant, je ne ressens ce sentiment que sur les conférences agiles.
L’idée de départ reste pourtant attractive :
- Apprendre des différents retours terrain de ses homologues et pas seulement de la théorie.
- S’inspirer par des idées actionnables et pas de simples slogans que je pourrais scander auprès des équipes que j’accompagne.
- Réseauter et rencontrer des pairs pour échanger, confronter et challenger nos idées.
Sauf qu’aujourd’hui, c’est souvent :
- Des pitch-fires qui commencent décemment tous par : « Si vous aussi vous vous êtes toujours demandé comment faire… »
- Un speaker qui a un bon sujet, mais qui finit par lire ses slides.
- Des conclusions de discours pas toujours étayées, chiffrées ou factuelles.
Alors : « Quand partager est-il devenu perdre du temps ? »
En y repensant, lors d’un échange avec mon dernier Tech Lead, alors que je donnais des exemples d’expériences passées, dans des environnements non-agiles, il m’a répondu : « Ah oui, tu as appris l’agilité et le poste de Scrum par la pratique… »
Et si le début de réponse venait de là ?
3. Réflexion/Engagement : Comment inverser la tendance ?
On retrouve bien un schéma récurrent entre les conférences qui m’ennuient et les autres… la pratique !
Cela peut venir bien sûr de mon passé de développeur (toujours bricoleur et bidouilleur à mes heures perdues d’ailleurs) qui continue de vouloir manipuler du concret et de décortiquer les choses pour les comprendre.
Dans mon approche du développement, j’ai toujours voulu comprendre, décortiquer pour être en mesure de reproduire et adapter les systèmes. C’est en ça que les conférences techniques captent mon attention. On nous explique le fonctionnement et ensuite on le met en pratique en live (en incluant les bugs dus aux effets démo bien sûr 😉).
Refaisons un parallèle avec notre conférence de druide…
Les druides celtes occupent plusieurs rôles : théologien, philosophe, gardien du savoir et de la sagesse, historien, juriste, mais aussi conseiller militaire du roi et de la classe guerrière. Tout comme nos Scrum Master et Coach Agile : gardien du savoir de l’agilité, facilitateur, coach, formateur, gestion de produit, maîtrise du métier et du fonctionnel, parfois maîtrise de la technique !
Dans le druidisme, la transmission était principalement orale… Tout comme nous, Scrum Master et Coach Agile (avec quelques slides en plus)…
Et si le problème venait de là ? Comment est-ce possible d’expérimenter et d’apprendre Scrum par exemple par la pratique, mais de ne pas être capable de transmettre par la pratique…
Il existe pourtant des leviers qui peuvent aider à dynamiser :
- Interactivité : Si on remplaçait les longs monologues par des débats, de la réflexion autour de nos points ou du moins, si on accompagnait la projection de notre expérience sur celle déjà vécue par l’auditoire, on gagnerait en accroche.
- Concret : « Une règle : Une idée = 1 Exemple Réel, sinon c’est du pipeau »
- Pratique : Illustrer en creant ou mettant en scene les concepts pour les faire vivre aux participants…
Et je me suis rendu compte que c’est déjà ce que je faisais personnellement ! En tant que formateur, je teste ces pratiques régulièrement avec mes élèves :
- Une idée ou concept théorique ? Un atelier où l’on fait, pas où l’on écoute.
- Questionner pour confronter et pas seulement donner des reponses.
- Manque de clarte dans les echanges ? On reformule, on adapte, on se montre agile et reactif. Résultat ? 100% de surprises ➞ 100% de participation, des élèves qui tentent… et 0 ronflement.
4. Action/Transformation : Votre kit de survie pour des conférences utiles
Alors, c’est illusoire de vouloir transformer toutes les conférences agiles en ateliers participatifs. Il faut garder du partage et de la transmission de savoir.
Mais d’un autre côté, il y a aussi une habitude qui doit changer, celle du public. Et oui, je suis le premier responsable de cet ennui…
C’est pourquoi j’ai commencé à écrire une check-list anti-ennui. Parce que si les conférences manquent de concret et de données chiffrées et concrètes, c’est principalement parce que le public ne challenge pas le conférencier. Et comment lui en vouloir ? On a parfois quelques minutes pour pouvoir poser des questions…
En tant que participant, voici les règles que je me fixe :
- Poser des questions concrètes :
- « Quel est le ROI de cette méthode ? »,
- « Temps d’adaptation de l’équipe ? »,
- « Métriques réelles ? »…
- Noter l’ensemble des points flous ou abstraits pour rechercher un format/modèle/schéma alternatif.
- Voter avec mes pieds : Si ca ne retient pas mon attention, jepartez. Votre temps vaut mieux que ça.
5. Clôture/Impact : Et si la prochaine conférence était différente ?
C’est bien de parler de changer la forme des conférences, mais qu’en est-il réellement…
Tout d’abord, je vais faire comme souvent en tant que Coach Agile, Accompagnateur Stratégique et entrepreneur : je veux réellement comprendre le besoin, les attentes et les manques du public. Alors, si vous avez un peu de temps, moins 5 minutes, je vous invite à remplir ce petit questionnaire qui pourra me servir de base.
Questionnaire : Conférences Agile : 2 minutes pour tout changer !
Votre retour, comme tous les feedbacks, est précieux, alors merci pour votre intérêt et votre partage.
Ensuite, je me suis fixé un objectif un peu fou : écrire ma propre conférence sur l’Agilité.
Mais attention, je suis un formateur, j’ai plein de choses à dire, mais mon but premier est que vous sortiez de cette conférence avec des outils pour la pratique et surtout des réponses à vos questions que vous pourrez présenter à vos managers, etc.
Pour ce faire, je me suis dressé une liste de 3 règles que j’appellerai les « 3C » :
- COURT : Une conférence de 30 minutes, pas plus, le reste étant consacré à l’échange, la mise en situation ou la pratique.
- CONCRET : 1 Slide = 1 info ou une action à retenir. Pas de liste de bullet-points interminables sans sources et données derrière.
- COLLABORATIF : Pas de monologue, si vous voulez m’entendre parler, venez me voir au théâtre. En conférence, le but est de partager et progresser, donc on favorise les échanges et les questions directes avec le public.
Mon but n’est pas d’écrire pour écrire, mais de pouvoir cibler un besoin identifié à travers le questionnaire et de pouvoir apporter des réponses au travers d’une conférence !